Intervention de Nezha Darraji au conseil de police du 4 juin 2020

À l’attention du Collège de Police,

Une récente étude menée en interne au sein de la police fédérale et dans douze zones de police locale à propos du bien-être au travail nous apprend qu’un policier sur trois déclare avoir été harcelé moralement sur son lieu de travail, qu’une policière sur quatre dit avoir été victime de harcèlement sexuel, et qu’un policier sur cinq estime que la vie n’a plus grand intérêt.

Si ce constat est extrêmement interpellant, s’ajoute à la détresse de bon nombre de ces agents – dont la majorité sont des femmes – la peur de passer pour un traître ou de subir des représailles en cas de dénonciation auprès de la hiérarchie. D’autre part, lorsque la victime porte plainte, le mécanisme de mutation presque systématique de la victime ou l’absence de sanctions à l’encontre du harceleur exacerbent le sentiment d’injustice et s’apparentent à une double peine pour la victime.

En sa qualité d’employeur, la police est tenue d’élaborer une politique de prévention sur base d’une analyse minutieuse des risques psychosociaux émanant de l’organisation du travail, les conditions de travail, mais aussi les relations interpersonnelles au travail.

Suite à la diffusion du reportage de la RTBF intitulé ” harcèlement à la police, le grand malaise “ aucune zone de police ne pourra faire l’économie de faire la lumière sur l’ensemble des faits évoqués. Il est dès lors urgent d’analyser en profondeur les dysfonctionnements internes et de prendre les mesures adéquates afin de préserver non-seulement le bien-être de nos agents, mais aussi la qualité de leur travail auprès de la population.

Se posent dès lors les questions suivantes :

  • Notre zone de police a-t-elle réalisé cette analyse et possède-t-elle un plan d’actions de prévention afin de lutter contre les dommages psychiques ? De quand datent ces deux initiatives ?
  • Une évaluation de ce plan d’actions a-t-elle été réalisée, si oui de quand date-t-elle et quelles en sont les différentes conclusions ?
  • Combien de plaintes pour violence (harcèlement moral, violence physique ou incitation à la haine) sexuelle, raciste, LGBTQI-phobe de la part d’un collègue ont-elles été déposées au sein de notre Zone de police pour les années 2017, 2018 et 2019 ? Quelle est la proportion de femmes parmi les plaignant-e-s ? Quelle proportion de plaintes a abouti à une sanction de la personne accusée de violence ? Quelle proportion de plaintes concernait un supérieur hiérarchique ? Quel est le nombre de mutations forcées pour ces mêmes années ? Dans quelle proportion s’agissait-il d’une mutation de l’auteur des faits ?
  • Comment le dépôt de plainte à l’encontre d’un collègue s’effectue-t-il à la zone ? Y-a-t’ il bien des personne dites « de confiance » auprès desquelles les victimes peuvent se confier dans un premier temps ? Comment garantir l’anonymat et ainsi encourager la victime à dénoncer les faits dont elle fait l’objet ?

 

Voir le reportage Investigation de la RTBF : https://www.rtbf.be/auvio/detail_investigation?id=2640030


#Investigation propose une grande enquête sur les services de police en Belgique. Pendant 6 mois, une équipe est allée à la rencontre des policières et policiers qui assurent au quotidien la sécurité publique. Avec plusieurs constats. D’abord, celui qui nous vient des chiffres. Les policiers ne sont pas assez. Le cadre n’est rempli quasiment nulle part, avec dans certaines unités un déficit de presque 50 %. Deuxième constat qui nous vient d’une vaste enquête effectuée auprès de 7000 policiers interrogés sur leur bien-être (et dont les résultats sont alarmants) : à la police, 1 personne sur 3 se dit harcelée sur son lieu de travail. Une femme sur 4 déclare avoir déjà été harcelée sexuellement. Alors que près de 1 policier sur 5 estime, lui, que la vie n’a plus que peu d’intérêt… Derrière ces chiffres, il y a de nombreux policiers en souffrance. Ces femmes et ces hommes dévoués que l’équipe d’#Investigation a tenté de rencontrer et à qui elle a voulu donner la parole. Une enquête difficile, éprouvante pour tous ceux qui ont osé rompre le silence, dénoncer l’intolérable, avec comme objectif de faire changer les mentalités. Culture de l’impunité, loi du silence, peur de s’exprimer, #Investigation vous propose notamment des témoignages de policières victimes de harcèlement moral et sexuel. Nous verrons également la difficulté qu’elles ont eue pour dénoncer ces faits à la justice. Une enquête de Fabrice Gérard et Santos Hevia.

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